
Grammaire · Les modes & l'hypothèse
Le subjonctif
Comprendre ce qu'est vraiment le subjonctif, savoir le former sans hésiter, reconnaître les situations qui l'exigent, et surtout apprendre à choisir entre indicatif et subjonctif — l'erreur numéro un des candidats.
Pourquoi c'est utile au DELF B2
Le subjonctif est un marqueur de niveau B2 que les examinateurs attendent. Vous en aurez besoin pour exprimer une opinion nuancée, un souhait ou une concession en production écrite et orale, et vous le rencontrerez en compréhension. Bien l'employer fait directement gagner des points sur le critère « morphosyntaxe ».
1. Comprendre : le mode du « pas encore réel »
Le français distingue deux façons de présenter une action. L'indicatif la présente comme un fait réel et certain : on constate, on affirme, on décrit. Le subjonctif, lui, présente l'action comme envisagée dans l'esprit — pas (encore) réalisée, filtrée par une volonté, un doute, une émotion ou une nécessité. La différence n'est donc pas dans le verbe lui-même, mais dans le regard qu'on porte sur l'action. C'est pourquoi le même verbe change de mode selon ce qui l'introduit.
- « Je sais qu'il vient. (je constate un fait → indicatif) »
- « Je veux qu'il vienne. (je souhaite une action non réalisée → subjonctif) »
- « Il est certain qu'elle réussira. / Il est possible qu'elle réussisse. (certitude vs éventualité) »
Comment l'utiliser : Posez-vous la question : « est-ce que je constate un fait, ou est-ce que je l'envisage (je veux, je crains, je doute, je souhaite) ? » Dès que vous l'envisagez, pensez subjonctif.
« Je suis certain qu'il ______ à l'heure. »
2. Former le subjonctif présent
La formation repose sur deux bases. Pour je, tu, il/elle, ils/elles, on prend le radical de la 3ᵉ personne du pluriel du présent (ils parlent → parl-) et on ajoute -e, -es, -e, -ent. Pour nous et vous, on prend le radical de la forme « nous » du présent (nous parlons → parl-, nous prenons → pren-) et on ajoute -ions, -iez (exactement comme à l'imparfait). Cette double base est essentielle pour les verbes à deux radicaux (prendre, boire, venir, devoir…). Quelques verbes très courants ont un radical irrégulier : il faut les mémoriser.
| Personne | parler *(régulier)* | être | avoir | faire |
|---|---|---|---|---|
| que je / j' | parle | sois | aie | fasse |
| que tu | parles | sois | aies | fasses |
| qu'il/elle | parle | soit | ait | fasse |
| que nous | parlions | soyons | ayons | fassions |
| que vous | parliez | soyez | ayez | fassiez |
| qu'ils/elles | parlent | soient | aient | fassent |
- « prendre → ils prennent → que je prenne ; nous prenons → que nous prenions »
- « Autres irréguliers : que j'aille (aller), que je puisse (pouvoir), que je sache (savoir), que je veuille (vouloir), qu'il faille (falloir). »
Comment l'utiliser : À l'oral, les formes je/tu/il et ils se prononcent souvent comme le présent ; c'est surtout à l'écrit que la faute se voit. Vérifiez toujours vos terminaisons dans une production écrite.
« Il faut que nous ______ une décision aujourd'hui. » (prendre)
3. Le subjonctif passé
Quand l'action envisagée est déjà accomplie, on emploie le subjonctif passé : le subjonctif présent de avoir ou être + le participe passé (les règles d'accord sont les mêmes qu'au passé composé). Il marque l'antériorité par rapport à la principale.
- « Je suis content que tu aies réussi. (la réussite est déjà là) »
- « Bien qu'elle soit partie tôt, elle est arrivée en retard. »
Comment l'utiliser : Utilisez-le pour réagir à un fait déjà survenu : « Je regrette qu'il ait dit cela », « Il est possible qu'ils aient oublié ».
4. Les déclencheurs : ce qui impose le subjonctif
Le subjonctif n'apparaît jamais seul : il est déclenché par un élément précis. Apprenez-les par familles, c'est plus efficace que de les apprendre un par un.
| Famille | Déclencheurs typiques |
|---|---|
| Volonté / nécessité | vouloir que, souhaiter que, exiger que, il faut que, il est nécessaire que |
| Émotion / jugement | être content/triste que, avoir peur que, regretter que, il est dommage que |
| Doute / possibilité | douter que, ne pas être sûr que, il est possible que, il se peut que |
| Conjonctions | bien que, quoique, pour que, afin que, avant que, à condition que, jusqu'à ce que, sans que |
- « Il faut que vous preniez position. (nécessité) »
- « Je suis heureux que tu sois là. (émotion) »
- « Bien qu'il soit compétent, il doute de lui. (conjonction) »
Comment l'utiliser : En rédaction, ces déclencheurs sont vos alliés : « Il est essentiel que… », « Bien que… » structurent une argumentation nuancée et montrent votre maîtrise.
Laquelle de ces phrases exige le subjonctif ?
5. Le choix décisif : verbes d'opinion
Voici le piège le plus fréquent. Les verbes d'opinion (croire, penser, trouver, être sûr, il est évident…) se construisent avec l'indicatif quand ils sont affirmatifs — on affirme quelque chose. Mais à la forme négative ou interrogative, le doute s'installe, et on passe au subjonctif.
- « Je pense qu'il a raison. (affirmatif → indicatif) »
- « Je ne pense pas qu'il ait raison. (négatif → subjonctif) »
- « Crois-tu qu'il dise la vérité ? (interrogatif → subjonctif) »
Comment l'utiliser : Réflexe d'examen : si vous niez ou questionnez une opinion, basculez au subjonctif.
« Je ne crois pas que ce ______ une bonne idée. »
6. Subjonctif ou infinitif ? La règle du même sujet
Dernière clé, souvent oubliée. On n'emploie le subjonctif que si les deux verbes ont des sujets différents. Si le sujet est le même, le français préfère l'infinitif — c'est plus léger et plus correct. Les conjonctions ont d'ailleurs une forme prépositionnelle prévue pour ça : pour que → pour, avant que → avant de, à condition que → à condition de, afin que → afin de.
- « Je travaille pour réussir. (même sujet : je → infinitif) »
- « Je travaille pour que mes enfants réussissent. (sujets différents → subjonctif) »
- « Je pars avant de finir. / Je pars avant qu'il finisse. »
Comment l'utiliser : Avant d'écrire « que + subjonctif », vérifiez : les deux sujets sont-ils différents ? Si c'est le même, passez à l'infinitif.
Quelle phrase est correcte ?
7. Les deux pièges à ne jamais oublier
Deux expressions ressemblent à des déclencheurs de subjonctif mais exigent l'indicatif : espérer (« J'espère qu'il viendra », futur, pas « vienne ») et après que (« Après qu'il est parti », pas « soit parti »). Cette dernière est particulièrement piégeuse car « avant que » prend, lui, le subjonctif.
- « J'espère que tu vas bien. (espérer → indicatif) »
- « Nous partirons après que le soleil sera couché. (après que → indicatif) »
Où et comment vous en servir
- Production écrite — Pour nuancer et concéder dans un essai : « Bien que cette mesure soit coûteuse, il est nécessaire qu'on l'adopte. » C'est exactement ce qui fait monter la note en morphosyntaxe.
- Production orale — Pour défendre une opinion face à l'examinateur : « Il faut que nous prenions conscience du problème. » Un subjonctif bien placé impressionne le jury.
- Compréhension — Vous le reconnaîtrez dans les consignes et les textes d'opinion (« il est important que… », « bien que… ») — savoir le repérer aide à saisir la nuance de l'auteur.
Entraînez-vous
« Il faut que tu ______ une décision. »
Rédigez une phrase qui exprime une nécessité ou un souhait sur un sujet de société, avec « Il faut que… » ou « Il est essentiel que… ».
Aide : Choisissez un thème d'examen (environnement, éducation, travail…) et conjuguez bien au subjonctif.
À retenir
- Subjonctif = action envisagée (volonté, doute, émotion, nécessité), pas constatée.
- Formation : je/tu/il/ils ← radical de la 3ᵉ pers. pluriel ; nous/vous ← radical de « nous ».
- Déclenché par : il faut que, vouloir que, bien que, pour que, avoir peur que…
- Verbes d'opinion : indicatif à l'affirmatif, subjonctif au négatif/interrogatif.
- Même sujet → infinitif (pour, avant de…).
- Pièges : espérer et après que → indicatif.